L'Occlusion chez le pogona (coprostase), la chirurgie souvent nécessaire...

©Février 2018, Dr Nicolas MARTINEZ Vétérinaire pour ReptiVet.com

On ne le répétera jamais assez: les graviers, même s'ils sont beaux dans nos terrariums, sont malheureusement dangereux pour nos lézards en captivité! Ils peuvent être avalés par le lézard et entraîner une occlusion intestinale!

Nous avions déjà fait un article sur l'occlusion chez le gecko léopard,  nous allons présenter les grandes étapes de la chirurgie d'occlusion chez le pogona.

Les signaux d'appel d'une occlusion sont: constipation, anorexie ou un ballonnement. 

Le diagnostic d'occlusion est alors aisé pour le propriétaire comme pour le vétérinaire. 

Une simple palpation abdominale et par conséquent une radiographie suffira à poser un diagnostic.

Les premières étapes reposent sur le recueil des commémoratifs. 

Pourquoi cette occlusion?

  • Erreur du propriétaire dans le choix du substrat dans le terrarium?
  • Animal carencé en UVB ou en calcium? Le pogona cherche alors une source de calcium.
  • Température du terrarium trop basse ce qui engendre un ralentissement du transit.

Depuis quand l'occlusion est-elle possible?

  • Date du changement de substrat?
  • Date du dernier repas?
  • Date des dernières selles?
  • Y a-t-il un suivi de poids du pogona?

Bon à savoir! Il a été démontré que le chauffage par le sol (tapis chauffant) provoque plus facilement l'assèchement des matières fécales dans le tube digestif , ce qui augmente alors le risque d'occlusion (Dr Lionel SCHILLIGER Guide Pratique des Maladies des reptiles en captivité)


Gestion médicale de l'occlusion du pogona


Après le recueil des commémoratifs, une prise en charge médicale immédiate est nécessaire.

Il est impératif d'augmenter la température du terrarium d'hospitalisation de 2°C .

Il est important de prendre en charge la douleur du pogona avec un anti inflammatoire à visée antalgique comme le Meloxicam.

L'occlusion engendre souvent une déshydratation: des bains biquotidiens à l'eau tiède doivent être mis en place (20 minutes chacun). Il est possible en fonction de l'état du pogona de mettre en place un cathéter intra osseux pour la réhydratation.

Dans un premier temps, il est nécessaire de faire avaler avec une sonde de gavage de l'huile de paraffine (1ml/Kg) pour tenter d'évacuer l'obstruction. Attention, une radiographie est nécessaire avant, afin d'éliminer l'hypothèse d'une péritonite suite à la perforation éventuelle du tube digestif.


Gestion chirurgicale de l'occlusion du pogona


Quand doit on opérer? Tout va dépendre de l'état de votre animal...

L'opérer trop tôt sur un animal trop affaibli n'est pas la solution...

Attendre trop engendre un affaiblissement de l'état général...

Tout est malheureusement basé sur l'expérience du vétérinaire, l'état de l'animal et la qualité des commémoratifs du propriétaire.

Préparation de la chirurgie

La chirurgie devient obligatoire. Il est nécessaire de préparer le pogona.

Une radiographie pré-opératoire est à effectuer à nouveau.

Une antibiothérapie de couverture est nécessaire, il est même préférable de commencer la veille. Le choix de l'antibiotique est hors AMM chez les reptiles. L'utilisation d'un antibiotique non critique est suffisant. Nous pouvons proposer la céfalexine à 30mg/KG BID.

L'antiinflammatoire à visée antalgique utilisé est le Meloxicam (0,8 UI vétérinaire / 100g).

Le bloc chirurgical reptile doit être équipé d'un tapis chauffant, d'une anesthésie gazeuse et la structure vétérinaire doit disposer de terrariums de réveil et d'hospitalisation.

Induction et anesthésie

L'Alfaxolone (Alfaxone ND) est la molécule utilisée pour l'induction de l'anesthésie.

Le dosage recommandé est de 2 à 4 UI vétérinaire pour 100g de reptile ( soit 5 à 10 mg par Kg).

L'injection peut se faire en IM (Intra-musculaire) ou IV (Intra-veineux). Lors de l'injection IV, il est préférable d'utiliser le dosage inférieur.

Le relais est ensuite gazeux soit directement au masque, soit après intubation.

Désinfection et mise en place du champ opératoire

Les désinfections classiques utilisées chez les mammifères fonctionnent également chez les reptiles. Une désinfection minutieuse avec de la povidone iodée est effectuée.

Ensuite vient la pose du champ opératoire stérile.

Chirurgie étape 1: La coeliotomie

L'incision chez les lézards est ventrale et paramédiane. En effet, il est primordiale de ne pas faire l'incision en zone médiane afin d'éviter d'abîmer la veine paramédiane (veine centrale utilisée pour les prises de sang habituellement).

Chirurgie étape 2: Visualisation du corps étranger et entérotomie

Chez les lézards, l'exploration de la cavité abdominale ne présente pas de difficulté à la différence des tortues!

La visualisation du corps étranger est aisée. 

Ici, les graviers sont de tailles importantes.

Il est même impossible de les faire "coulisser" sans abîmer le tube digestif.

La chirurgie était indispensable.


L'entérotomie est plus difficile que sur les mammifères. Le tube digestif est très fin. Un geste non minutieux peut malheureusement entraîner une déchirure plus importante et un risque opératoire accentué.

Une fois le ou les corps étrangers retiré(s), la suture se fait à l'aide d'un fil résorbable. Une loupe opératoire peut être utilisée dans le bloc de chirurgie afin de faciliter les sutures très fines.

L'étanchéité de la suture peut être réalisée (cf photo) en injectant du sérum de perfusion. La technique présente en plus l'avantage de contribuer à la réhydratation du pogona en post opératoire.

Chirurgie étape 3: Fermeture de la cavité abdominale

Personnellement, j'utilise du "gros fil" pour la suture cutanée. Les lézards sont des animaux rampants et un gros fil peu esthétique mais bien résistant est nécessaire. Lors de cette chirurgie un fil décimale  3,5 a été utilisé.

La plaie de coeliotomie est refermée de préférence à l'aide de points simples en U ou par un surjet de sutures éversantes.

Phase de réveil et post opératoire

La surveillance du réveil est importante. 

Une augmentation de la température pour permettre l'élimination de l'anesthésie doit être effectuée.

Une hospitalisation avec peu de manipulation et au calme est nécessaire avec de limiter le stress préjudiciable à la récupération.

La gestion de l'anorexie, de la douleur, de la déshydratation est indispensable dans les jours qui viennent...

Vient ensuite le moment de rassurer le propriétaire...

Bien entendu, il faut maintenant penser à modifier les erreurs ou les carences évoquées comme causes de l'occlusion pour éviter que cela ne recommence!

Dr Nicolas MARTINEZ Vétérinaire à Nice www.cliniquelingostiere.com